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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

Un Français peut-il gagner le Tour de France?

Publié le 22 Avril 2013 par Etienne Goursaud in Cyclisme

La France se cherche un vainqueur à son tour national. La relève est peu être incarnée par ce jeune et prometteur coureur : Thibaut Pinot (Sources : http://www.be-celt.com  http://www.lexpress.fr)

La France se cherche un vainqueur à son tour national. La relève est peu être incarnée par ce jeune et prometteur coureur : Thibaut Pinot (Sources : http://www.be-celt.com http://www.lexpress.fr)

Le constat

La France reste et demeure, encore pendant longtemps, la nation qui a remporté le plus de Tour de France. Ce tableau est très largement noirci par un constat sans appel : aucun français vainqueur de du Tour depuis Bernard Hinault en 1985 et aucun podium depuis la 2ème place de Richard Virenque en 1997. Le bilan est lourd, tout comme la pression qui s'accompagne autour des coureurs français et qui s'accentue d'année en année. Cependant, la 4ème place de Thomas Voeckler en 2011 a soulevé une vague d'espoir chez les supporters et coureurs français. En effet, sans une erreur tactique lors de la dernière étape de montagne (il s'est obstiné à vouloir rentrer dans le groupe Contador et y a laissé des précieuses forces) il aurait sans doute fini, au pire, à la seconde place de la grande boucle. Il a surtout montré, au fur et à mesure que les jours passaient, qu'il était capable, lui et avec son équipier Pierre Rolland, de rivaliser avec les meilleurs grimpeurs en montagne (Andy & Franck Schleck, Alberto Contador et Cadel Evans). Cela a permit de décomplexer toute une génération de coureurs habitués, lorsque la route s'élève, à rentrer dans le grupetto (peloton des battus) ou à tenter des échappées de loin pour rêver remporter une étape. Cette année la, 3 français (Voeckler, Peraud, Rolland) ce sont glissés dans le top 10 du tour, chose inédite depuis 1991 (Mottet, Leblanc, Fignon).

En 2012, un tour marqué par la première victoire britannique de Bradley Wiggins, deux jeunes français se sont illustrés au classement général et dans les étapes de montagne. Thibault Pinot, 22ans, le plus jeune à finir dans le top 10 depuis 1947, et Pierre Rolland, ce dernier finissant 8ème en confirmant son maillot blanc de 2011. Les deux ont gagné une étape de montagne, Pinot se montrant même, à la Toussuire et a Peyragurdes, le seul capable de rivaliser avec les deux Sky pendant que les Nibali, Van Den Broeck et autres Evans montraient leurs limites, quand la machine Sky se mettait en route. Cependant quand on contemple le classement général on s'aperçoit que Rolland est a 16"33 et Pinot à 17"17 soit un écart qui reste abyssal par rapport au leader britannique. Qu'est ce qui explique, malgré des progrès dans la bagarre avec les meilleurs en montagne, ces différences?

 

Des progrès en montagne mais de gros déficits en contre la montre.

10"43 pour Pinot et 11"48 pour Rolland. Voici, sur les 17"17 et le 16"33 perdus au total au classement général, le débours des deux coureurs sur les 95km, au total, de contre la montre proposé sur ce tour de France. Si les étapes de montagne ont mis en évidence de grands progrès réalisés par les français ces deux dernières années, on s'aperçoit que le temps perdu en contre la montre est bien trop important pour espérer être comblés. Ce handicap est pour l'instant rédhibitoire, pour espérer jouer une place sur le podium. En effet, ces dernières années, les différences ont du plus en plus de mal à se faire dans les étapes de montagne, avec des écarts, entre les différents leaders, de plus en plus resserrés, notamment lors des arrivées aux sommets. C'est un fait, la course à de plus en plus de mal à  se débrider avec un plus grand attentisme par rapport aux éditions précédentes, avec des leaders qui ont du mal à oser s'attaquer entre eux et une équipe, Sky, qui, l'année dernière, à écrasé la course en montagne, annihilant les velléités d'attaques des autres équipes. Seul Cadel Evans et Vincenzo Nibali on réellement osés des attaques, mais ont été contraints de vite rentrer dans le rang.

Dans ce contexte, l'importance du contre la montre, seul exercice ou les coureurs se retrouvent à rouler en solitaire sans l'aide d'équipiers et sans stratégie autre que rouler le plus vite possible et le plus longtemps, est devenue de plus en plus importante. C'est bel et bien sur cet exercice, que Bradley Wiggins a façonné sa victoire, creusant des écarts, sur ses adversaires, irrémédiables. Le problème, c'est que les coureurs français, actuellement, ne sont pas capables de rivaliser dans cet exercice spécifique. Depuis Laurent Fignon et Bernard Hinault, aucun coureur français ne semble vraiment capable de rivaliser, en même temps, en montagne et sur le contre la montre. Pour espérer un podium sur le tour, il faudra, en partie, combler cette défaillance. C'est possible, après tout, après avoir progressé en montagne, on est en droit d'espérer des progrès en contre la montre

 

 

 

 

Bradley Wiggins a en partie conquit sa victoire dans l'exercice si spécifique du contre la montre. Les français ont encore des progrès à réaliser dans ce domaine

Bradley Wiggins a en partie conquit sa victoire dans l'exercice si spécifique du contre la montre. Les français ont encore des progrès à réaliser dans ce domaine

Des raisons d'espérer.

Il faut dire que les coureurs français reviennent de loin. Paradoxalement, si ces 6 dernières années ,mis à part en 2011, nos coureurs on su gagner des étapes sur le tour (4 ou 5 par édition en moyenne sauf, donc, en 2011, ou il n'y a eu qu'une seule victoire) aucun d'entre eux n'ont su se mêler à la bagarre au classement général. Ainsi, entre 2007 et 2010, ils n'étaient pas vraiment au rendez vous. L'année 2007 a été le point d'orgue avec le plus mauvais classement du "meilleur français du tour" réalisé avec Stéphane Gourbert qui finissait seulement 27ème, aucun coureur n'étant capable de réaliser mieux. Cela a été en relation avec une génération vieillissante (Celle des Moreau et autres Virenque) qui partit à la retraite avec une relève qui tardât à se mettre en place (non éclosion de Di Grégorio, débuts à la peine de Pierre Rolland). Ceci explique sans doute, en partie, les piètres prestations au classement général.

Le parcours du tour 2013 semble plus favorable aux coureurs français (et aux grimpeurs en général), avec un profil plus montagneux et surtout un kilométrage contre la montre qui sera réduit (65km contre 95). Un constat cependant atténué par la présence d'un contre la montre par équipe qui peut creuser des différences et qui va avantager une équipe comme Sky (avec d'excellents rouleurs comme Boasson Hagen ou Porte). On voit mal Europcar ou FDJ rivaliser dans ce domaine.

La vraie certitude c'est que les français dont désormais décomplexés, depuis 2011 et vont très certainement vouloir se mêler d'encore plus près à la bagarre pour, au minimum, un podium. Ils peuvent aussi, comme l'a fait Ryder Hesjedal sur le Giro en 2012, profiter d'une certaine neutralisation entre les grands leaders, pour créer une surprise. On se souvient que le canadien, pas du tout pressenti à la victoire finale, avait su tirer son épingle du jeu, en se révélant des qualités de grimpeur, puis en profitant du marquage entre Scarponi, Rodriguez et Basso. Un tel scénario avec Contador, Froome et Rodriguez est aussi envisageable sur le Tour.

Ce tour nous offre pas moins de 4 arrivées au sommet (Ax-3 domaines, Le mont Ventoux, L'alpe d'Huez et Annecy Semmoz) contre trois l'an passé. Quand on sait que un coureur comme Thibault Pinot (et c'est bien le seul coureur) n'a concédé aucune seconde sur les deux Sky lors des montées vers la Toussuire et celle de Peyragurdes. Si il réitère cela cette année, il ne sera, sans doute, pas loin du top 5, voire même un peu mieux. Pour ce qui est de Pierre Rolland, malgré tout le talent dont il fait preuve (il a su progresser en 2012 par rapport a 2011) il semble, en montagne, un peu en retrait par rapport à  son compatriote.

 

Quelle réponse à cette question?

L'année 2013 sera sans doute un peu prématurée, pour voir la victoire (et même un podium) d'un coureur français. Tout le monde attend la confirmation du brillant potentiel de Pinot. Il sera, cette année, un peu plus attendu sur le tour, notamment de la part de ses adversaires qui ne le laisseront pas attaquer aussi facilement que l'année dernière (notamment lors de sa victoire d'étape sur le Tour). On s'impatiente déjà de le voir se comporter cette année avec la pression qui sera donc plus intense sur ses épaules. Beaucoup de coureurs français (Luc Leblanc, François Simon ou encore Sandy Casar) n'ont jamais réellement pu concrétiser toutes les promesses qu'ils avaient laissés entrevoir. Le plus dur, pour tout sportif, est de confirmer un premier bon résultat, chose qu'avait su faire Pierre Rolland. Celui ci devra aussi montrer sa capacité à rivaliser en essayant de viser un top 5, ce qui constituera toutefois, pour les deux coureurs, un excellent résultat. Il ne faut pas oublier qu'ils n'ont que 26ans (pour Rolland) et 23ans (pour Pinot) ce qui est, dans le cyclisme, très jeune. En effet, parmi les vainqueurs du tour, une minorité d'entre eux avaient moins de 25ans lors de leurs victoires, et que des coureurs comme Cadel Evans ou Joop Zoetemelk ont du attendre l'âge de 34ans pour triompher sur la Grande Boucle (Thibault Pinot ayant été le plus jeune coureur, après guerre, à rentrer dans le Top 10 du tour).

Si 2013 semble trop juste, miser sur l'avenir semble intéressant, avec le probable déclin de coureurs comme Wiggins ou Evans et la maturité et la prise d'expérience de nos jeunes français. Dès 2014, on peut déjà envisager un podium français, ce qui mettrai fin à une très longue disette qui dure depuis 1997 (étant donné que le déclassement de Armstrong ne redonne pas la troisième place à Moreau en 2001). Cependant il ne faudra pas se reposer sur ses lauriers et accentuer les progrès déjà en place.

En plus des deux coureurs, un autre, encore plus jeune, Warren Barguil, pourra, peu-être, à l'avenir, devenir un grand coureur à étapes. En effet il a gagné en 2012, la plus grande course à étapes réservés au coureurs espoirs : Le Tour de l'Avenir. En espérant que l'avenir soit doré pour lui et que les futurs tours de France redeviennent une bagarre avec plusieurs coureurs français en chef d'orchestre, comme ce fut le cas dans les années 50, 60 et 80.

 

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