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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

[Dossier] Comment préparer au mieux un Tour de France?

Publié le 29 Juillet 2016 par Etienne Goursaud in Cyclisme

Le tour de France est fini. Ce ne fut pas la Grande Boucle la plus passionnante de l'histoire mais ce n'est pas le sujet ici. On va s'intéresser à comment aborder la plus grande course cycliste au monde.

Tout part d'un constat. Actuellement au mois de juin, il existe deux grandes courses d'une semaine, le Critérium du Dauphiné Libéré, en France ainsi que le Tour de Suisse. Elles servent aux différents leaders (et équipiers) à s'étalonner et jauger de leur niveau de forme. Or, cette année, parmi le top 10 final du Tour de France, huit ont participé au Dauphiné. Seul les deux coureurs de la Movistar, Alejandro Valverde et Naïro Quintana ont choisi une préparation différente. Pour l'Espagnol, coupure totale après un Giro éprouvant achevé à la 3e place et pour le Colombien une reprise au Tour du Sud, en retour de Colombie, où il s’entraîne, après avoir coupé avec la compétition début mai, à la fin du Tour de Romandie. Si on regarde de plus près les huit coureurs ayant participé au Dauphiné, ils sont six à y avoir fait également un top 10. Le vieil adage qui dit que pour arriver en forme au Tour, il faut ne pas trop l'être en juin semble prendre du plomb dans l'aile. Encore plus saisissant, les deux premiers du Tour, Chris Froome et Romain Bardet ont également fini aux mêmes places sur le Dauphiné

L'année 2016 ne fait que confirmer une tendance déjà observée depuis quelques années. Sur les trois dernières éditions du Tour, le top 10 a toujours été dominé par des coureurs ayant choisi de participer au préalable au Dauphiné (7 en 2015 et 6 en 2014). Chez les Sky, on a l'habitude d'y gagner avant d'enchainer avec un triomphe sur la Grande Boucle (Wiggins en 2012, Froome en 2013, 2015 et 2016). A l'inverse les coureurs peu en vue sur le Dauphiné n'ont guère mieux brillé sur le Tour et on pense en premier lieu au Français Thibaut Pinot. Le sociétaire de la FDJ avait gagné son étape de montagne sur le Critérium, mais n'avais pas existé au général. Cela s'est retranscrit sur le Tour. Enfin le dernier vainqueur du Tour à ne pas avoir participé au Dauphiné au préalable est Andy Schleck en 2010... Sur déclassement de Contador qui lui y avait participé. 

Alors, est ce que le Dauphiné est LA course incontournable pour sa préparation ? 

 

Un passage obligé ? 

 

Naïro Quintana est toujours en quête d'un premier succès sur la Grande Boucle. Il a encore échoué en cette année 2016 ne finissant "que" troisième. C'est son programme de course d'avant Tour qui pose question. Après une première partie de saison riche ponctuée de victoires sur le Tour de Catalogne et le Tour de Romandie, il est retourné s'entrainer en Colombie durant tout le mois de Mai et le début du mois de Juin. Il est revenu à l'occasion de la Route du Sud, une course de quatre jour qu'il a remporté, donc ni participation au Dauphiné ni au Tour de Suisse. Ce n'est pas le manque d'adversité qui pose problème, c'est plutôt le peu de jour de course qui a interrogé bon nombre de spécialistes. "Je pense que Quintana ne court pas assez [...] Il est arrivé au Tour sans repères ni certitudes, si ce n'est celles de l'an passé" confie Nicolas Fritsch, tandis que Laurent Jalabert s’est interrogé plusieurs fois à l’antenne du manque de condition du Colombien. Déjà en 2015, il était passé par le même programme. S’il était très fort en troisième semaine, en début de Tour il a perdu du temps, que ce soit dans la bordure de la 2e étape ou encore dans la première arrivée au sommet à la Pierre Saint-Martin. A l'inverse de Christopher Froome qui était arrivé très fort pour creuser d'entrée l'écart, avant de marquer le pas en troisième semaine. Le dernier vainqueur d'un Tour de France à n'avoir ni participé au Dauphiné ni au Tour de Suisse est Marco Pantani en 1998. Mais ce dernier sortait d'un Giro victorieux.

 

Le Dauphiné à l'avantage d'être en France... et de se courir plus tôt

 

Trois jours de récupération, c'est beaucoup et peu à la fois. Mais, en commençant quatre jours plus tôt que le Tour de Suisse, le Dauphiné offre, une plage de récupération plus importante, pour une même durée d'effort d'une semaine. Or, viennent également se greffer les divers championnats nationaux, contre la montre et course en ligne, respectivement à 10 et 7 jours du départ du Tour. Pour celui qui a fait le Tour de Suisse, l'enchaînement avec ces deux épreuves peut rester dans les jambes.

Pour Nicolas Fritsch, ancien coureur de la FDJ et Saunier-Duval le choix est vite fait : "Je préconiserai de participer au Dauphiné, dont les caractéristiques se rapprochent du Tour". D'autant que Amaury Sport Organisation, qui organise le Tour de France et le Dauphiné l'a très bien compris : "le Dauphiné a bien compris tout l'intérêt qu'il y avait à proposer des étapes similaires à ce que le Tour propose, parfois en empruntant les mêmes routes" ajoute Nicolas Fritsch. Les faits lui donnent raison. En 2011, le contre la montre du Dauphiné était exactement le même que celui du Tour, qui allait sacrer Cadel Evans qui avait participé au Dauphiné, aux dépens d'Andy Schleck, qui sortait du Tour de Suisse. Une reconnaissance c'est bien, mais faire un chrono à fond en compétition ouvre plus de certitudes. On peut savoir où il faut temporiser et où il faut relancer. Bis répétita en 2015 avec une étape de montagne arrivant à Pra Loup.  "Le Dauphiné a bien intégré qu'il était avant tout une course de préparation et il fait donc tout pour l'être et ainsi attiré les protagonistes de la Grande Boucle" assure Nicolas Fritsch. Depuis qu'elle a été reprise par ASO en 2010, la course se confond de plus en plus avec sa grande soeur du Tour de France.

 

Le Tour de Suisse est une course indépendante

 

A part le Grand Prix de Plouay, toutes les épreuves françaises ayant la licence world tour, le plus haut échelon international, sont organisées par ASO. Mais il faut garder à l'esprit que toutes les courses n'appartiennent pas forcement a de grands groupes. Ainsi le Tour de Suisse est indépendant, il doit donc d'abord rester centré sur lui-même, pour Nicolas Fritsch : "Le Tour de Suisse est un Tour national et à ce titre il se suffit à lui-même, il n'a pas un intérêt particulier à s'adapter au Tour de France" analyse Nicolas Fritsch. D'autant que même si à l'image de cette année, la Grande Boucle fait parfois irruption en Suisse, elle n'a pas vocation à y retourner chaque année, cela reste "le tour de la France" comme aime si bien dire Thierry Adam, journaliste vedette à France 2. C'est une course qui peut se permettre de proposer des parcours un peu différents, pour des profils un peu autre que ceux qui vont briller sur le Tour. Attention il n'est pas pour autant boudé. La Sky y a envoyé Geraint Thomas, qui avait déclaré en début de saison viser le podium en Juillet. La BMC y a envoyé Tejay Van Garderen, supposé être co-leader avec Porte sur le Tour. L'année ou Thibaut Pinot fini sur le podium du tour, en 2014, il était passé par une préparation au Tour de Suisse. Il a failli remporter l'édition 2015. Il fut une époque où cette épreuve attirait plus de grands leaders. Jan Ullrich et Andy Schleck y avaient leurs habitudes. Lance Armstrong a même remporté la course en 2001... avant d'opter pour le Dauphiné ensuite. Le Dauphiné Libéré offre aussi son lot d'échecs pour celui qui le remporte. L'exemple le plus criant est celui de Christophe Moreau. Le Français, l'a gagné en 2001 et 2007, deux années marquées par deux déconfitures sur le Tour de France, abandon et 37e place. 

 

C'est une tendance nouvelle 

 

Si le Dauphiné est pourvoyeur de coureurs finissant dans le Top 10 du Tour cela a été moins le cas dans le passé. Si on prend l'année 2001, Armstrong, vainqueur déclassé avait gagné le Tour de Suisse et seuls deux coureurs du top 10 avaient participé au Dauphiné. Et encore il s'agit d'Andreï Kivilev et de François Simon, qui doivent leur classement aux 35 minutes prises au peloton dans cette fameuse et toujours célèbre échappée de Pontarlier. Donc pas de cadors attendus. Pourquoi? Tout simplement parce qu'à cette époque le Dauphiné et le Tour de Suisse devaient subir la concurrence d'une troisième épreuve d'une semaine : Le Tour de Catalogne (qui se court désormais la première semaine d'Avril). Ainsi ils sont cinq à y avoir participé à finir dans les 10 premiers du Tour, dont beaucoup d'hispaniques, très forts dans les années 2000. Plus globalement, dans le passé, ceux qui brillaient sur le Dauphiné étaient plus à la peine sur le Tour. Ils sont 10 avant 2012 a avoir gagné le Dauphiné et le Tour la même année (8 si on compte le déclassement de Armstrong) contre déjà 4 depuis ! Un revirement qui correspond à peu près à la reprise en main du Dauphiné par ASO.

 

D’autres objectifs ?

 

On raisonne ici comme si le Tour de France était l’unique objectif de la saison. Mais ce n’est pas le cas pour tous les coureurs, y compris les chasseurs au général. D’autres grandes courses peuvent attirer les grands noms. Ainsi Vincenzo Nibali a fait plusieurs fois impasse sur la Grande Boucle pour participer au Tour d’Italie et d’Espagne. Depuis 1998 et Marco Pantani, personne n’a réussi le doublé Giro-Tour. Et personne n’a réussi le doublé Tour-Vuelta depuis 1978 et Bernard Hinault, or à cette époque la Vuelta se courrait en Avril ! Depuis 1995 et son déplacement en fin aout-début septembre, personne n’a réussi à enchainer victorieusement, chose que devrait retenter Froome cette année. Que ce soit à la FDJ ou Saunier-Duval, Nicolas Fritsch a couru dans des équipes dont le Tour de France n’était pas forcement l’objectif principal : « A la FDJ je n'avais pas cette sensation que le Tour était la course la plus importante de l'année ». Il faut dire que l’ancien coureur français a vécu sous la domination de Lance Armstrong à une époque où les coureurs français d’équipes françaises ne jouaient pas les premiers rôles au classement général. C’est différent à la Saunier-Duval ancienne équipe espagnole a consonance italienne également : « Le Tour n'était pas non plus le but ultime de l'année ». Il concède par ailleurs qu’un doublé Giro-Tour va devenir de plus en plus compliqué dans un cycliste mondialisé et de plus en plus spécialisé : « Pour gagner le Tour, il faut que ce soit l’objectif ultime de la saison […] C'est ce qui explique qu'il apparait difficile de réaliser le doublé Giro-Tour. Pas forcément parce que le vainqueur du Giro ne peut pas être performant sur le Tour, mais plutôt parce que celui qui ne fait que le Tour y sera très performant ». Cela confirme le principe du cyclisme de plus en plus spécialisé. En 2016 il n'existe plus de coureurs capables de gagner Paris-Roubaix et le Tour de France comme l'ont fait Merckx, Hinault ou encore Coppi. Des coureurs qui pouvaient gagner sur tous les terrains. Désormais un sprinter peu espérer briller dans les flandriennes mais ne pourra pas briller dans les ardennaises. Un grimpeur peu espérer gagner Liège Bastogne-Liège ou le Tour de Lombardie, mais ne fera pas le poids sur Paris-Roubaix.

 

Etienne GOURSAUD

 

 

 

 

 

 

 

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