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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

Cross, salle, stade, impasse : Quelle est la meilleure préparation estivale ?

Publié le 18 Janvier 2016 par Etienne Goursaud in Athlétisme

Le cross souffre d'un certain désamour depuis quinze ans

Le cross souffre d'un certain désamour depuis quinze ans

Une saison d’athlétisme se décline en deux temps forts. La saison hivernale, ou un athlète, en fonction de sa discipline, peut faire du cross, de la piste en salle ou encore des compétitions sur stade (notamment pour les lancers longs).

La saison estivale, va regrouper tout le monde « au même endroit », à l’exception des courses/marches longues distance. L’objectif de la plupart des athlètes est plutôt de briller l’été, période plus longue, avec plus de compétitions et où l’entrainement y est optimisé, car réalisé souvent dans des meilleures conditions. Chaque athlète à ses capacités.

Alors quelle formule semble la mieux pour optimiser ses chances de briller ? Peut-on briller deux fois dans une saison ? Il y a-t-il une méthode de préparation plus efficace qu’une autre ? Le sujet est très complexe, et la réponse unique et catégorique est à bannir.

 

Le cross : Entre purisme et désamour

 

Tout d’abord il convient de distinguer cross court, inférieur à 6 kilomètres et cross long, supérieur à 6 kilomètres (en ce qui concerne les garçons).

Le cross court va plutôt favoriser les demi-fondeurs, spécialistes du 1500 mètres capables d’avoir de la caisse mais aussi d’une certaine base de vitesse, certains coureurs de 800 peuvent même y briller. Le cross long, lui, conviendra à des purs fondeurs, où la sélection « naturelle » au train est importante.

Globalement le cross est un bon terrain de jeu pour les demi-fondeurs et fondeurs. Mais il s’essouffle quelque peu depuis une quinzaine d’années. La faute au développement de la salle, avec les 800/1500/3000 qui vont attirer certains athlètes qui se détournent du cross.

Julie Op'T'Hoog à commencé l'athlétisme par les cross

Cependant, il demeure des athlètes et non des moindres, qui y restent fidèles. Comme Julie Op’T’hoog la triple championne de France du 2000 steeple (1 titre en cadette et 2 en junior). Pour elle la salle c’est trop monotone : « Il y a trop de tours, je sens que je n’aimerai pas ça ».

L’Angoumoisine distingue fermement la saison estivale de la saison hivernale. Les deux sont de la même importance, pour celle qui a commencé l’athlétisme par les cross : « Mais vu qu’il n’y en a pas l’été je me suis rapidement mis à la piste aussi. Cela a commencé vraiment à me plaire à partir de la catégorie cadet ». La jeune athlète, qui compte une sélection en équipe de France lors des mondiaux cadets, sur 2000 steeple, ne se prend pas la tête « Je me suis jamais posé la question de savoir si la saison en salle préparait l’été. Beaucoup de gens nous le demande. Moi je ne fais pas de cross pour préparer ma saison estivale. Mais je sais que d’autres le font ».

En effet, il y a des athlètes que l’on voit rarement en cross, comme Galenn Rupp ou Genzebe Dibaba, plus adeptes de la salle. Certains, comme Mahiedine Mehkissi font souvent l’impasse totale sur la saison hivernale.

Julie Op’T’Hoog quant à elle aimerait bien tenter l’expérience de la salle au moins une fois : « Mon coach me l’a déjà demandé, pour avoir un temps de référence. J’aimerai bien en faire une fois, pour voir. Si c’est positif ça peut me donner envie. Mais à choisir entre la salle et le cross, mon choix est vite fait ». Les différents parcours, les relances, courir sans avoir besoin de respecter de chronos précis sont autant de choses qui l’attirent, ainsi que l’ambiance.

Comme évoqué, c’est un point de vue de plus en plus minoritaire dans le microcosme de l’athlétisme. Les raisons sont multiples. La première c’est que ce n’est pas olympique. Il a été proposé à un moment de le rajouter au programme des J.O d’hiver, mais rien n’est fait encore de ce point de vue-là. Les athlètes privilégieront donc plus la piste/marathon, source de plus grande exposition médiatique et donc de revenus.

Il faut, également, insister sur la difficile lisibilité des classements. Par catégorie, cross court/long, des vétérans qui peuvent s’inscrire dans la course séniore. Des athlètes 9e de leur course qui peuvent se retrouver sur le podium. Pour le (télé)spectateur, c’est difficile de tout remettre dans l’ordre. C’est parfois le même casse-tête pour les organisateurs.

Le choix du parcours est aussi une source de controverse[i]. Pour plus de praticité (et peut-être également par manque d’imagination) les cross se courent de plus en plus sur des hippodromes. C’est le cas de grands championnats comme les Pré-France ou les France. Or, si ces parcours ne présentent rarement de réelles difficultés, la boue (lié au sol martelé par les sabots) y est très (trop) présente. On se retrouve dans une telle situation que ou plusieurs athlètes perdent leur chaussure durant la course. Quid dans ce cas-là ? Bien souvent ils sont repêchés, même s’ils n’ont pas le niveau pour accéder à l’échelon supérieur.

Enfin le cross subit la concurrence des trails (les courses nature sur plus longue distance). Ces courses sont souvent soumises à un challenge annuel, ce qui « oblige » à une participation assidue. Dans ces cas-là, une participation au cross semble incongrue. Les athlètes expliquent également prendre plus de plaisir sur les trails que sur les cross. Concurrence également subie des cross FFA par les autres cross (UNSS, pompier…).

C’est dommage, car les cross peuvent participer à un travail pour l’athlète, au niveau du travail foncier mais aussi des relances (de par les parcours souvent accidentés). Des aptitudes indispensables pour briller plus tard sur la piste.

 

Les lanceurs longs : Le stade faute de mieux

 

Seuls, du moins en métropole, à continuer les compétitions sur stade, les lanceurs longs subissent malheureusement les aléas de conditions climatique aléatoire en hiver.

C’est une contrainte purement technique qui les empêchent de concourir en salle. En effet la dimension limitée de celle-ci ne permet pas, pour des raisons de sécurité évidente, des lancers à 60/70 mètres ne peuvent s’effectuer. Seuls les lanceurs de poids échappent donc au froid. Mais beaucoup d’athlètes sont au rendez-vous de ces compétitions avec en point d’orgue, pour les meilleurs les championnats de France de lancers longs voire des matchs internationaux.

 

La saison hivernale est d'égale importance que la saison estivale pour Lucie Lasserre

 

C’est le cas de Lucie Lasserre, championne de France cadette du lancer de marteau. Toutefois, l’approche hivernale et estivale diffère pour la jeune athlète : « On travaille beaucoup sur la musculation ainsi que la technique afin d’être bon l’été ». Les séances sont également plus intenses, cela permet de lancer la saison sur de bonnes bases. Ainsi, l’hiver, elle va effectuer plus de lancers (25 contre 20 l’été) dans une séance, avec des poids plus lourds que ses standards de compétition (jusqu’à 6kg contre les 4 qu’elle lance). La musculation est également plus lourde en période hivernale, proche de la charge maximale.  

Mais si l’approche diffère, pas question de négliger la saison hivernale : « C’est aussi important car c’est là qu’on fait ses preuves ». C’est également un moyen d’engranger de la confiance, son premier podium national en février dernier avait annoncé la couleur d’un été radieux, avec en point d’orgue ce fameux titre de championne de France, accompagné d’un record du Poitou-Charentes avec, 57,24m : « Je penses que ma bonne saison hivernale m’a donné de la confiance, j’étais plus sereine, j’arrivais en compétition avec le bon stress et l’envie de lancer ».

Preuve aussi que la compétition compte, même en hiver. A l’approche des compétitions il y a allègement des entrainements dans son cas.

Concernant les compétitions en elle-même, la lanceuse n’est pas tant gênée que cela par les conditions climatiques : « Il fait froid mais on se réchauffe, on se met à l’abri pour l’échauffement. Au moment de lancer les conditions ne sont pas gênantes ». A l’instar de Julie Op’T’Hoog, Lucie Lasserre ne se voit pas faire impasse sur la saison hivernale « Je ne l’ai jamais fait et je ne compte pas le faire dans les années à venir ».

A encore plus haut niveau, on a l’exemple d’Alexandra Tavernier, la récente médaillée de bronze lors des championnats du monde de Pékin, qui a préparé sa réussite en participant aux compétitions hivernales. La gestion est différente. Tous les pays ne bénéficient pas des mêmes conditions climatiques, les lancers « hivernaux » ne sont donc pas les mêmes que l’on soit en France, en Afrique ou en Amérique. La préparation diffère donc également.

Mais beaucoup d’athlètes ont à cœur de se servir de ces compétitions hivernales comme d’un tremplin, afin de se donner de la confiance, mettre en place tous les exercices techniques à l’occasion d’un rendez-vous à enjeu. Un athlète quand il est en phase de progression a besoin de sentir ses sensations. La réussite dans une compétition passe aussi par un compétiteur qui se connait par cœur.

 

La salle : Plus uniquement le terrain de jeu des sprinters/sauteurs

 

Les compétitions indoors se sont beaucoup développées ces vingt dernières années. La raison la plus simple est le nombre croissant de salles. Rien que qu’en 2014 et 2015, deux grands complexes ont vu le jour, à Nantes et à Rennes. Si, auparavant, participer à des compétitions « indoor » était réservé soit à une élite, soit à des athlètes capables de beaucoup de déplacer, désormais il est possible de trouver une compétition à moins de 150 kilomètres de chez soi.

C’est la chasse gardée des sprinters et sauteurs. Pour différentes raisons. La première concerne le gabarit atypique de certains athlètes, notamment les coureurs de 60m. Ces gabarits musculeux et explosifs capable de gros chronos sur très courte distance, mais déjà plus en difficulté quand il s’agit d’allonger sur 100m l’été (et on ne parle même pas du 200m). Le Britannique Richard Kilty a triomphé lors des mondiaux indoor en 2014 sur 60m. Cet été sur 100m beaucoup plus en difficulté, il se fait éliminer en demi-finale. Crédité d’un record de 6,49s sur 60m ce sont des bases pour faire 9,95s (minimum) en période estivale, cependant Kilty ne vaut « que » 10,05s. Pour comparaison, Jimmy Vicaut vaut 6,48s pour 9,86 l’été. La salle permet donc à des athlètes de briller alors qu’ils ne pourraient pas le faire sur stade. Certains adeptes des épreuves combinés peuvent aussi être favorisés. En effet l’été, la part des lancers est plus importante. La réduction de ceci en salle peut les inciter à venir participer à des compétitions.

D’autres compétiteurs vont se servir de la salle pour travailler des points faibles, c’est ainsi que l’on voit des coureurs de 400m courir sur 60 et 200m afin de travailler leur base de vitesse. A contrario un coureur de 100/200m va monter sur 400m pour travailler la résistance. Même pour ceux qui restent sur leur distance, c’est l’occasion de travailler sur les virages, plus prononcés en salle, avec une piste de 200m seulement. La préparation hivernale est longue, participer à des compétitions hivernales peut rompre avec la monotonie.

 

Nicolas Grimault priorité à la saison estivale

 

C’est dans cet état d’esprit que Nicolas Grimault, finaliste au France N2 sur 100m cet été, la saison hivernale. C’est un objectif clair de préparer la saison estivale : « Je n’ai pas d’objectifs précis en hiver, la saison estivale est bien plus importante à mes yeux ». Mais il lui faut l’adrénaline de la compétition : « c’est trop dur de ne rien faire de Septembre à Mai. Mais la salle ne m’excite pas plus que ça ». L’entrainement diffère donc : « L’hiver on fait plus de musculation et de travail technique sur les 30 premiers mètres. Travail de poussée horizontale et de starting-blocks ». Cependant à l’instar de Lucie Lasserre, une bonne performance hivernale permet d’engranger de la confiance : « Je sais que si je fais 6,85s sur 60m l’hiver, automatiquement je serai capable de courir aux alentours de 10,50s l’été. Cela permet d’établir des points de repères ». Mais pas question de monter sur 200 ou 400m. Inutile pour gagner de la vitesse : « Je ne crois pas que résister soit la base d’une perf au 100m. D’ailleurs souvent les coureurs de 400 descendent sur distances inférieurs pour peaufiner leur vitesse ».

Enfin, les conditions indoor peuvent être, paradoxalement, meilleures qu’en outdoor, quel que soit la saison. C’est notamment le cas des perchistes, très sensibles au vent. Renaud Lavillenie a son record absolu en salle, ce qui constitue également le record du monde absolu (6,16m contre les 6,14m de Bubka en extérieur). Le français a également sauté plus de fois à 6m en indoor qu’en extérieur.

 

Faire l’impasse : Attendre pour mieux perfer ?

 

Cela n’a échappé à aucun suiveur. Personne n’a jamais vu Usain Bolt effectuer de saison en salle. L’un des plus grands sprinters de tous les temps n’est pas un adepte de l’indoor. Plus globalement, mis à part l’excellent partant Nesta Carter, les Jamaïquains boudent cette pratique, préférant la préparation brute pour la saison estivale. D’autres en profitent aussi pour s’essayer à d’autres sports, comme Lolo Jones avec le bobsleigh (non sans succès puisqu’elle compte une participation au JO d’hiver). Des sports qui ont quand même des similitudes avec l’athlétisme de par les qualités d’explosivités proche d’une sortie en starting-block.

Est ce que quelqu'un à déjà vu Bolt en saison hivernale?

 

Même si participer à des compétitions hivernales permet de rompre avec la monotonie de la préparation, un danger peu guetter l’athlète, c’est d’y perdre trop d’influx et de jus. On en revient à Renaud Lavillenie. Le perchiste est impérial en salle depuis son titre européen obtenu à Bercy en 2011. On occulte bien entendu sa non-participation aux mondiaux 2014, à cause de sa blessure contractée le jour où il a battu le record du monde. Il a souvent pour habitude d’effectuer six à sept concours par hiver.

Quand on connait son tempérament de champion, à refuser la défaite, on devine qu’il s’implique à 100% (même si lui n’est pas encore à 100%) dans sa compétition. Il y laisse de l’énergie. Ce n’est pas un hasard si on le revoit un peu moins performant (terme à relativiser). Il attend toujours de pouvoir décrocher sa première couronne mondiale en plein air et ses sauts à six mètres ou plus se font plus rares. Attention, tout résumer au jus perdu l’hiver est réducteur. Comme évoqué plus haut, le vent à son rôle à jouer également.

 

Après tout est une question d’affection. Pierre Ambroise Bosse, double finaliste mondial sur 800m, ne participe ni aux compétitions en salle, ni au cross. Non pas qu’il soit mauvais, bien au contraire.

Beaucoup d’athlètes profitent de l’hiver pour partir en stage dans des pays « chauds ». Actuellement nombre d’athlètes français sont en stage en Afrique du Sud, ou c’est l’été. Comme cela a été expliqué, s’entrainer sous le soleil et la chaleur (du moins jusqu’à une certaine limite) permet d’effectuer de meilleures séances. Les muscles sont plus réceptifs à la chaleur et les rayons lumineux favorisent la production de vitamine D, indispensable au corps humain.

On en vient à la question de la « tradition ». Dans ces pays, où il fait rarement froid, les salles se sont bien moins développés qu’en France ou aux Etats-Unis par exemple. Cela limite donc les possibilités de compétitions pour les jeunes athlètes. On peut en déduire que ce n’est pas dans leur culture. Usain Bolt pourrait aisément participer à des compétitions en salle, ou il pourrait prétendre au record du monde du 200m et du 60m. Mais il ne l’a jamais fait.

 


[i] http://www.centre-presse.fr/article-435227-une-discipline-a-la-recherche-d-un-nouveau-souffle.html

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