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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

Le Fair-Play financier : Peut mieux faire

Publié le 19 Septembre 2014 par Etienne Goursaud et Geoffrey Madigout in Football, Economie

Michel Platini : Défenseur ou fossoyeur des petits clubs européens?

Michel Platini : Défenseur ou fossoyeur des petits clubs européens?

Comme prévu par le président de l’UEFA, le principe de fair-play financier (FPF) est pleinement entré en compte lors de la saison 2014-2015, avec une rétroaction de 3 ans en arrière sur les comptes de résultats des clubs. Vu comme un moyen de limiter les écarts entre les différents clubs européens, le FPF a donc été plutôt vu d’un bon œil, notamment pour les « petits » clubs, qui voyaient en ce dispositif, un moyen de lutter un peu plus équitablement, face aux grandes écuries, mais aussi comme un vecteur d’assainissement des finances. Est-ce la fin de la toute-puissance de l’argent dans le foot ? Phénomène accentué depuis le début des années 2000. Dans cet article, après avoir évoqué sommairement les règles, il sera étudié l’aspect financier, puis l’aspect sportif en mettant en évidence des lacunes béantes de ce système.

 

 

Un retour sur les règles

Le fair-play financier est donc un dispositif de contrôle, de surveillance, mis en place par l’UEFA afin de répondre au problème d’endettement du football professionnel européen. Concrètement l’objectif est d’éviter que les clubs de football participant aux compétitions organisées par l’UEFA ne dépensent plus d’argent qu’ils n’en gagnent.

Actuellement, une véritable interrogation existe quant à la santé financière des grands clubs européens. Des clubs comme le Real de Madrid et Manchester United sont les deux clubs européens les plus endettés. La dette totale européenne est d’environ de 7 milliards d’euros pour l’ensemble des clubs européens. Il semblait donc nécessaire, voire urgent de régler ce problème, surtout dans un contexte de crise économique dans lequel la dette affole les dirigeants de tous horizons.

Ainsi, un club ne doit pas avoir un déficit excédent 5 millions d’euros sur la période d’évaluation qui est de 3 ans. Ces pertes peuvent cependant atteindre 30 millions d’euros à partir de la saison 2015/2016 et 45 millions d’euros jusqu’à la saison 2014/2015 si les actionnaires peuvent couvrir ces pertes par un apport direct dans les finances du club.

Donc, le fair-play financier semble donc tout à fait en phase pour régler le problème d’endettement des clubs professionnel, quand est-il concrètement ? De plus, les limites imposées par le dispositif vont-elles limiter les investissements fous des grands clubs et permettre ainsi un retour à l’équilibre sportif entre grand et plus petit club ? Ou bien vont-elles freiner le développement de ces petits clubs ?

 

Le Fair-Play Financier règle-t-il le problème des dettes ?

Depuis le début de cet article, nous parlons du montant des dettes des clubs de football européens qui atteignent des sommes pouvant paraître exorbitantes, il faut cependant nuancer ces chiffres.

En effet, plus que la valeur absolue des dettes d’un club ou d’une entreprise, c’est sa capacité à rembourser ses dettes qui importe ainsi que la confiance qu’il a auprès des prêteurs afin que ces derniers de demande pas de conditions de remboursements trop difficiles. Et de ce point de vue-là, les grands clubs européens sont bien lotis. En effet, ces clubs possèdent des actifs à forte valeur pouvant combler une partie des dettes si nécessaire. De plus ces grands clubs européens sont de véritables institutions, ils bénéficient ainsi d’une confiance solide. Comme on le dit souvent : « on ne prête qu’aux riches ».

C’est une autre paire de manches pour les clubs de seconde zone, mais cela sera développé plus tard.

Cette petite explication ne répond cependant pas à la question du traitement des dettes par le Fair-play financier.

Un exemple de compte de résultat et de bilan

Pour aborder ce point concentrons-nous sur quelques notions de comptabilité. Pour appréhender l’état financier d’une entreprise deux documents comptables sont primordiales : le compte de résultats et le bilan. Le premier rend compte de l’activité d’une entreprise sur une période donnée en indiquant ses recettes et ses charges. La soustraction des charges aux recettes permettant d’obtenir le résultat de l’entreprise.

Le bilan, lui, rend compte du patrimoine d’une entreprise à un instant donné. Il se divise en deux grandes catégories : l’actif et le passif. Le premier regroupe l’ensemble des possessions d’une entreprise, le deuxième indique les moyens de financement de l’entreprise, parmi lesquels les dettes.

En ayant pour objectif qu’un club de foot ne dépense pas plus qu’il ne gagne, le fair-play financier se base sur le compte de résultat alors que les dettes sont indiquées dans le bilan. A première vue, il semble donc que le fair-play financier ne règle pas le problème d’endettement du football européen, ce n’est, cependant, pas tout à fait exact. En effet, bien qu’il ne sanctionne pas l’endettement actuel des clubs, il s’attaque à leur endettement futur et donc peut limiter l’accroissement de la dette. Effectivement, la dette correspond à l’ensemble des déficits passé plus les intérêts à payer auprès des prêteurs pour financer ces déficits. En voulant éviter les déficits, le fair-play financier vise donc à stabiliser le niveau d’entêtement des clubs européens, mais pas à le diminuer drastiquement (en réalité, si les clubs n’ont pas recours au déficit et ne souscrivent pas de nouvelles dettes, le montant de ces dernières diminuera au fur et à mesure que les clubs les remboursent).

 

Le fair-play financier : Utile pour faire converger grandes et petites équipes ?

 

Pour étayer ce qui a été dit précédemment, on peut évoquer le feuilleton Di Maria. L’argentin, a longtemps été pressenti à Paris, mais le club de la capitale ne put effectuer la transaction, ils auraient été obligés de réaliser une « grosse » vente pour compenser l’indemnité de transfert, pour respecter les règles. Pendant ce temps-là, le fameux Di Maria s’envolait pour Manchester United, dont les dettes ont été évoquées plus haut. Autre exemple, le Real Madrid sortait 85 Millions d’Euros, uniquement pour James Rodriguez, à cela s’ajoutent Kroos et Chicharito. La question de l’équité est belle est bien en jeu quand on voit les différences de traitement entre ces clubs.

James Rodriguez : Un transfert qui illustre ces inégalités.

En entrant dans les détails du principe du FPF un problème majeur se pose.

A l’instar d’une entreprise normale (on parle bien de football professionnel), un club a ses ressources (billetterie, vente de joueurs, produits dérivés, sponsors…) et des dépenses (essentiellement achats de joueurs et la masse salariale).

En effet, prenons le cas d’un club moyen qui chercherait à se développer rapidement. Un investisseur « riche » arrive. Pour attirer des joueurs il réalise de gros investissements, notamment sur le marché des transferts, cela creuse bien évidemment son déficit sur la saison, on note également qu’une équipe ne se bâtit pas sur une année, il faut, du moins sur les 3-4 premières années, continuer ces investissements, pour commencer à être compétitif. Avec le fair-play financier, cet investisseur se retrouvera dans une situation un peu délicate car il est dans l’obligation de réaliser, dans les 3 ans, des recettes, quasi équivalente à ses dépenses (un déficit de 5millions d’euros étant toléré).

En soi l’idée est bonne, on évite des dérives de clubs trop lourdement endettés et qui seraient incapables de payer les salaires de leurs joueurs. Cependant, cette mesure induit un certain « statuquo », pourquoi ?

Il est vrai qu’il est bizarre de ce dire que le FPF, au final, serait contributeur du maintien de l’inégalité entre les équipes et pourtant cette affirmation est vraie.

Reprenons le cas de l’équipe qui veut se développer. Malgré l’arrivée des investisseurs, bien souvent les recettes mettent du temps à arriver, les supporters, sponsors, tout ce qui peut apporter de l’argent au club, n’arrive pas d’un claquement de doigts. Au final il se retrouve piégé face à des clubs qui ont déjà toutes leurs structures en place, dont le nom est une marque (voire une institution). Ces clubs ont leur vivier de supporters, ont des grosses rentrées d’argent et peuvent donc se permettre d’avoir des dettes qui sont dues au passé mais non pris en compte par le FPF. Ils peuvent donc dépenser énormément, sans accumuler de déficits nouveaux, ainsi, en restant endettés (la dette étant un stock et le déficit un flux) ils respectent le nouveau règlement. C’est pourquoi on retrouve des clubs comme le Real Madrid ou Manchester United en tête du classement des dépenses sur le marché des transferts sur l’été 2014.

Donc l’investisseur peut hésiter à se lancer dans un nouveau projet. Pourtant, en cas de coup dur financier d’un club, n’offre-t-il pas au moins autant de garanties de solvabilité ?

De plus, si on regarde les clubs en grosse difficulté financière, on constate que beaucoup d’entre eux sont bien loin des « strates et des paillettes » et donc ne sont pas qualifiées pour les compétitions de l’UEFA et ne sont donc pas soumissent au fair-play financier. Des clubs comme Le Mans et Grenoble ont sombré.

Un logo qu'on aura du mal à revoir dans l'élite

Nous sommes en droit de nous poser la question de la réelle volonté du FPF ? En étant un poil mauvaise foi on pourrait penser que le but de cette mesure serait inverse de ce que l’on nous vend. Après, nous ne sommes pas dans les coulisses de l’UEFA.

 

Un dispositif avec de bonnes intentions

Le fair-play financier prévoit des exceptions. En effet certaines dépenses sont exclues (création stades, centre de formation…) témoignant d’une envie de favoriser le long terme. Cela peut permettre à un club de miser sur sa formation pour acquérir «ses lettres de noblesse ».  Le problème est que les investissements requis sont au moins aussi importants que l’achat de joueurs de haut niveau mais avec un retour sur investissements beaucoup plus longs. Il faudrait peut-être trouver des incitations, un équilibre. Tolérer des déficits pour l’achat de joueurs si le club a aussi entrepris des dépenses pour développer son centre de formation par exemple. Comme cela, on permettrait à un club de se développer sur tous les plans, avec une équipe « première » de plus en plus forte, mais aussi un vivier de jeunes à intégrer progressivement. L’exemple de la Masia à Barcelone illustre parfaitement cette alchimie.

En ce qui concerne les dettes cela va dans le bon sens en stabilisant leur niveau et en le réduisant à (très) long terme. Cependant, leur réduction sera vraiment très lente et il faudrait peut-être trouver des incitations à leur réduction. Si un club entreprend un assainissement drastique de ses dettes, il serait sans doute judicieux de le récompenser. De plus les clubs les plus endettés sont les plus petits, ceux qui ne participent pas aux compétitions de l’UEFA. On rappelle que les équipes touchent des primes au prorata de leur parcours européen. Ainsi, le fair-play financier d’une part ne travaille pas à leur solvabilité et même s’ils arrivent à retrouver une santé financière correcte, les règles du fair-play financier peuvent l’empêcher de se développer et combattre à armes égales avec les grosses écuries.

Le fair-play financier part donc d’une bonne idée, mais nombre de ses principes seront encore à retravailler pour atteindre ses objectifs affichés.

 

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