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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

L’Athlétisme français se porte-il mieux ?

Publié le 16 Février 2014 par Etienne Goursaud in Athlétisme

Renaud Lavillenie pour la postérité.

Renaud Lavillenie pour la postérité.

Cet hiver, le monde de l’athlétisme n’a d’yeux que pour deux personnes.

La première est Genzebe Dibaba, qui vient de battre, coup sur coup, le record du monde du 1500m et du 3000m en salle.

Le second est bien entendu Renaud Lavillenie. Le perchiste charentais s’est en effet illustré en améliorant par trois fois son record de France, le portant, tour à tour, à 6m04 puis 6m08 avant de déboulonner la marque mythique de Serguei Bubka. On le présentait depuis deux semaines, et ses 6m08 réalisés, il semblait, plus que jamais, capable de battre ce fameux record. C’est chose faite, il rejoint Teddy Tamgho parmi les détenteurs de record du monde en salle.

Lavillenie représente actuellement un formidable étendard pour l’athlétisme en France.

Cependant, qu’en est-il de l’état global de ce sport. Se porte t’il bien pour autant ? La question est plus délicate qu’il n’y parait. L’analyse est intéressante, dans un contexte où il n’y aura pas de grande compétition internationale cette année.

 

Le nombre de licenciés

Comme le montre ce graphique, en 50 ans le nombre de licenciés a été multiplié par 8. On constate, par ailleurs, une accélération de l'augmentation à partir de la fin des années 2000. Pourquoi cela?

Tout d'abord cela coïncide avec l'arrivée de nos nouvelles têtes d'affiches (Lemaitre et Lavillenie) mais c'est en lien également avec une certaine déchéance du coté du football. En effet, la FFF perds régulièrement des licenciés depuis 2008. Cela est à mettre en parrallèle avec les récents résultat de l'équipe de france, plutôt décevant.

Sans s'étendre sur ces chiffres, ceux-cis sont une bonne nouvelle pour l'athlétisme. Etant plus nombreux, la probabilité de dénicher, à l'avenir, de nouvelles pépites en est qu'augmentée.

 

Des disciplines en progression

-Depuis 4 ans, le sprint masculin français est en constante progression, grâce à deux hommes. Tout d’abord par Christophe Lemaitre. L’aixois est le premier homme blanc (même si cette référence et plus symbolique que véritable …) à franchir la barre des 10s. Mais il a surtout explosé le record de France sur 200m, devenant le premier à casser la barre des 20s en ramenant la première médaille sur 100-200m depuis Gilles Quénéhervé en1987. Cependant, depuis, il peine à totalement confirmer les immenses espoirs placés en lui. Dans son sillage, Jimmy Vicaut. Le francilien, à enfin franchi la barre des 10s en 2013. Il a, certes, échoué dans son objectif de finale mondiale, devenant l’homme le plus rapide éliminé des demi-finales). Mais il semble en constante progression et l’année 2014 semble propice pour aller chercher un record de France voire d’Europe (Obikwelu en 9s86).

Chez les filles, Stella Akakpo émerge au gotha mondial. Chacun à souvenir de sa ligne droite fabuleuse cet été au relais 4x100, avant de voir celui disqualifié dans des conditions un peu étranges. Il faudra confirmer dès cet été avec les championnats d’Europe.

-La perche masculine : Inutile de s’étaler dans des explications, tant Renaud Lavillenie domine sa discipline depuis 2010. Il vient de battre le record du monde en salle du Bubka. Cependant il n’a toujours pas réussi à être champion du monde en plein air, échouant par trois fois déjà. Derrière lui, Kevin Ménaldo et Valentin Lavillenie sont en progression et peuvent, à l’avenir, chatouiller les cieux à leur tour. Ils ont toutes les raisons d’y croire.

-Le triple saut : Teddy Tamgho, certes, est actuellement blessé. Mais quelle performance il a réalisé à Moscou l’été dernier. Champion du monde avec, en prime, un 18m04 qui le place comme troisième performeur de tous les temps. Il semble capable d’aller chercher un jour le fameux record du monde du goéland, un de ceux dont on pensait qu’ils ne tomberaient jamais. Derrière lui, Yoann Rapinier a réalisé 17m47 l’année dernière. Sa progression sera à surveiller

-Le demi-fond et le fond court : Mehdi Baala a trouvé un digne successeur en la personne de Pierre-Ambroise Bosse. Le jeune sociétaire de l’INSEP, qui vient tout juste de battre le record de France espoir du 1000m, n’en finit pas de progresser, devenant un candidat certain à de grandes médailles mondiales. Cependant il court dans une discipline ou un homme, David Rudisha, écrase toute concurrence. Sur plus long, le 3000m steeple est un vivier de médailles pour la France depuis 2008 avec Mahiédine Mekissi et Bob Tahri, dans un domaine qui a longtemps été et qui le demeure toujours, la chasse gardée des Kenyans.

-Les haies, féminines et masculines, avec les frères Martinot-Lagarde, Garfield Darien mais aussi Cindy Billaud, semble une garantie de finale mondiale et olympique, et plus si affinités notamment pour Pascal Martinot-Lagarde, déjà médaillé mondial en 2012, en salle.

-Les épreuves combinés sont de retour en force après, notamment chez les garçons, un leger déclin. Après Romain Barras champion d'Europe 2010, un grand espoir pointe le bout de son nez. Kevin Mayer, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a fini 4ème des mondiaux l'été dernier. Après une première journée mitigée, il en réalise une seconde fantastique (4 records sur 5 épreuves). Cela laisse beaucoup d'espoirs pour la suite. Chez les filles, on y reviendra plus tard, Antoinette Nana Djimou rivalise chaque années avec les meilleurs de la discipline.

 

Des espoirs

En sprint, le jeune Mickael Meba-Zeze semble capable, à l’avenir de venir chatouiller nos deux meilleurs sprinteurs. Avec 20’’74 en junior, il a déjà un niveau intéréssant.

Sur les haies, attention au phénomène Wilhem Bélocian. Le jeune hurdler, en deux ans, a battu le record du monde cadet mais aussi le record d’Europe junior. Il semble encore plus fort que Martinot-Lagarde. Nous attendons avec impatience ses débuts sur les haies a 106cm, une barrière qui peut, pour certains, être un cap difficile à franchir.

Pour les lancers, Alexandra Tavernier sera à surveiller du coté du marteau. La jeune française a été championne du monde junior il y a un an et demi. Cependant elle peine un peu a confirmet cet excellent résultat.

 

Les filles en perdition

Certes Melina Robert-Michon a glané une splendide médaille d’argent au lancer de disque. La Bergalienne, habitué aux finales mondiales et olympiques, a su réaliser un concours parfait, auréolé d’un nouveau record de France, pour aller chercher cette breloque. Cependant c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. En effet c’est la seule médaillée féminine. A titre de comparaison, en 2003 à Paris, 4 médailles avaient été glanées par les françaises, dont deux en or (le relais 4x100m et Eunice Barber à la longueur). Comment expliquer cette défaillance ? Des raisons multiples ont déjà été évoquées. Manque de reconnaissance médiatique par rapport aux garçons. Tout le monde connait Lemaitre mais, dans le même temps, le grand public a oublié les exploits réalisés par Aaron ou encore Barber).

On peut aussi l’expliquer également plus implicitement, par un facteur sociologique. Les filles françaises, ont, un super niveau chez les jeunes, mais on plus tendance à privilégier leurs études, et donc « abandonner » le sport, d’où le fait qu’on ne les retrouve pas forcement à très haut niveau.

Malheureusement pour elles, si, pour un homme, être musclé est considéré comme un facteur esthétique correspondant aux canons de beauté, il n’en est pas de même chez les femmes. Beaucoup ont donc arrêté à cause du regard des autres, cette assimilation de la pratique intensive du sport au fait de ne pas « être une vraie femme ». Encore une fois les préjugés de la société ont la dent dure[1]. Ce facteur est, de ce fait, également très démotivant pour les filles et cela ne les incitent pas à pousser jusqu’au bout leur passion et leur rêves.

Tous ces facteurs, il en existe d’autres mais nous ne sommes pas là pour parler exclusivement de ce ma français, font que les femmes ont du mal à percer au plus haut niveau mondial.

Cependant, quelques filles peuvent prétendre à des médailles mondiales.

Antoinette Nana-Djimou sur les épreuves combinées notamment, qui montre, depuis quelques années, qu’elle est capable de rivaliser avec les meilleures.

 

Les déserts français

Les lancers en général sont des disciplines ou les français n’ont jamais brillés.

Mis à part les médailles de Manuela Montaubrun et de Mélina Robert-Michon, l’athlétisme français, en général, n’a pas la fibre des lancers. Les records de France sont d’ailleurs loin des standards mondiaux (81m au javelot par exemple). Cependant cela dépend de la « tradition » des disciplines. A l’instar des jamaïcains que l’on ne voit pas en dehors des épreuves de sprint. Chaque pays à ses points forts et ses points faibles. Il est donc « normal » que la France ait, elle aussi, ses déserts dans ce genre de disciplines.

Plus décevant cependant, cela concerne le 400m, qu’il soit masculin ou féminin. Il semble loin le temps ou, chez les hommes, un Marc Raquil ou un Leslie Djhone pouvaient chatouiller les meilleurs mondiaux. On ne parle même pas de Marie-José Perec chez les femmes, ultra dominatrice chez les femmes durant les années 90. Le 400m français traverse une période creuse comme l’a traversé auparavant d’autres disciplines comme les épreuves combinés chez les hommes avant Romain Barras. On cherche donc un (ou plusieurs) successeurs aux glorieux ainés.

 

[1] http://www.psychologies.com/Bien-etre/Forme/Sports/Articles-et-Dossiers/Sport-pourquoi-les-filles-rechignent/4

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