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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

Un club de foot peut-il s'en sortir sans le mécénat de milliardaires?

Publié le 9 Janvier 2014 par Etienne Goursaud in Football, Société

Roman Abramovich a été l'un des premiers a injecter massivement de l'argent dans un club de foot.

Roman Abramovich a été l'un des premiers a injecter massivement de l'argent dans un club de foot.

Le PSG acheté par un richissime investisseur qatari ? Il n’est pas le seul dans ce cas. Magnats du pétrole, russes ou qataris, sont de plus en plus nombreux à investir dans les clubs de foot européens, depuis le début des années 2000. Investissements et flambée des joueurs sur le marché des transferts. Cela donne l’impression que les autres clubs ne peuvent pas suivre cette cadence. À l’heure ou le « Fair-play financier » est dans la bouche des dirigeants de l’UEFA, qu’en est-il vraiment ? Les titres et autres gloires semblent-ils promis aux nouveaux riches ? Les autres clubs peuvent-ils survivre ? Ne nous voilons pas la face, le football est devenu un vrai business et les clubs, de vraies entreprises.

 

Les faits.

Le très sérieux magazine Forbes, détermine depuis 2008 les clubs ayant le plus de valeur[i]. Ce que l’on peut donc constater c’est que 11 des 20 clubs les plus « chers » sont détenus par des milliardaires. Idem, si l'on prend les 20 clubs ayant les plus gros budgets[ii] – à ne pas confondre avec les clubs les plus chers  - on y trouve 10 clubs possédés par ces derniers. Et cela n’est pas sans conséquences (positives ou négatives, à chacun de se faire son opinion).

Flambée de la valeur des joueurs.

17 millions d’euros. Ce chiffre ne vous dit rien ? C’est le montant déboursé par Newcastle pour acquérir Alan Shearer à Blackburn en 1996. Cela n’était, ni plus ni moins, le plus gros transfert de l’époque. Aujourd’hui, avec une telle somme, on ne peut que prétendre à un joueur bon, certes, mais qui n'appartient pas à l’élite du football mondial. Cet exemple illustre bien l’envolée de la valeur d’un joueur sur le marché des transferts. Un autre homme illustre parfaitement cet exemple : Roman Abramovitch. Le propriétaire de Chelsea, au début des années 2000, est vraiment le premier à avoir fait décoller les prix pour l’acquisition d’un joueur.

Flambée des salaires.

A l’instar des transferts, les salaires ont aussi explosés en 15 ans. S’élevant désormais aux alentours de 20 millions d’euros par an[iii] (pour le joueur le plus cher évidemment). On constate également une augmentation du salaire moyen dans les clubs.

 

Les années 2000 : une émergence de « nouveaux riches ».

A l’image de Paris, champion de France en titre, ou de Manchester City champion d’Angleterre en 2012, les clubs, dont les propriétaires sont richissimes, commencent à trouver une place au sommet de leurs championnats respectifs. Ces clubs ont su bâtir une équipe compétitive grâce à leurs immenses ressources disponibles. Ainsi, les premiers succès commencent à arriver.

Le premier, que l'on a évoqué ci-dessus, et qui représente ce système, est donc le Russe de Chelsea, Abramovitch. Lorsque qu’il rachète le club en 2003, l’équipe était plutôt banale, naviguant plutôt vers le milieu de tableau de la premier league. Il va le propulser sur le devant de la scène nationale et internationale avec, à la clé, une ligue des champions en 2011 et de nombreux titres nationaux. D’autres ont suivi son exemple, que ce soit à Paris, Monaco, Inter Milan, avec le même objectif de propulsion des clubs sur les plus hautes sphères du football.

Pour en revenir à Paris, l’engouement suscité par le rachat du club de la capitale, moribond depuis une dizaine d’année, par des investisseurs qataris est d’une importance considérable. Le club est au centre des attentions médiatiques de par l’arrivée de stars internationales mais aussi par l’arrivée des résultats probant qui en découlent.

 

Le mécénat : un moyen de contourner le fair-play financier.

Le Fair-Play financier, est un principe mis en place par Michel Platini, président de l’UEFA. Il repose sur le fait que l’on en peut recruter démesurément, notamment si le club présente des dettes. Cette mesure a pour but de tenter de rééquilibrer les débats entre les clubs capables d’investir massivement sur le marché des transferts, et les autres clubs. Cependant, cette mesure peut être facilement contournée. On pense d’ailleurs à Paris qui s’est fait sponsoriser une somme astronomique (100 millions d’euros) par un sponsor qatari. Ces rentrées d’argent équilibrent « automatiquement » des finances et permettent des dépenses considérables, mettant en cause le principe initial du fair-play financier. On constate par ailleurs que, finalement, cette mesure n’a pas empêché l’inflation galopante dans le monde du football, avec des inégalités qui se sont creusés entre les clubs riches et les autres, contraints eux aussi à équilibrer leurs budgets, avec des difficultés qui sont bien plus importantes.

 

Vers une domination de ces clubs ?

Ce type de clubs à une place de plus en plus importante dans le monde du football. Avec des participations récurrentes en ligue des champions. Des résultats en championnat probant, une équipe de rêve qui fait frémir bon nombre de supporters. Cependant, dire que ces clubs vont monopoliser, à l’avenir, les divers palmarès, semble prématuré.

Tout d’abord, quand on regarde le palmarès de la Ligues des Champions, lors des 20 dernières années, on constate que la part des clubs détenus par des milliardaires sont encore relativement peu représentés (seuls 6 clubs avec uniquement Chelsea qui correspond à nos critères évoqués). Le reste du palmarès est encore occupé par des clubs dit « historiques » (Barcelone, Real Madrid). On est donc encore loin de la domination outrancière. Pire encore, Manchester City a dû attendre sa troisième participation en Ligue des champions avant de pouvoir sortir de la phase de poules.

De plus, si l’on regarde les dix clubs les plus endettés, 5 sont détenus par un milliardaire. Richesse et stabilité financière font, paradoxalement, pas toujours bon ménage. L’exemple le plus frappant est celui de Malaga en Espagne. Ce club, racheté par des qatari, croule actuellement sous les dettes, et a été contraint de se séparer de ses meilleurs élément avec, « en prime », une exclusion de toute compétition européenne cette saison, pour non-respect du fair-play financier. Un autre exemple est celui du club Russe de Makhachkala. L’ancien club d’Eto’o, dirigé par un milliardaire russe, est, lui aussi, contraint de brader ses meilleurs joueurs, faute de moyens. L’explication de cela tient en plusieurs points.

Une équipe met du temps à se bâtir

Manchester City a fini 8ème de son championnat lors de la première année « qatari ». Paris a fini second. Ces exemples prouvent tout simplement que le fait d’injecter de l’argent, massivement, n’apporte pas des résultats immédiats. Il faut un certain temps pour construire son équipe, et que celle-ci trouve une vraie cohésion et force collective.

D’autres moyens de financement sont possibles

Si tout tenait à l’apport du mécène, le football serait un problème rapidement résolu, peu de clubs survivraient et au final même ceux-ci finiraient par y perdre vraiment de l’argent, du fait du désintérêt pour ce sport. Les clubs trouvent, évidemment, d’autres ressources, à l’image d’une entreprise traditionnelle, pour se financer.

Tout d’abord il y a la billetterie (grande force des clubs allemands qui profitent de grands stades toujours remplis). Au passage, pour ce qui est des clubs français, ils ne sont pas propriétaires de leur stade, ils doivent donc verser un loyer à la ville pour pourvoir l’utiliser.

Il y aussi la revente des joueurs à d’autres clubs .Le FC Porto en est l’exemple parfait. Ce club, capable d’acheter des jeunes joueurs a prix dérisoires pour les revendre ensuite une fortune.

Il y a tous les produits divers –droits télé, produits dérivés-. En Angleterre notamment, ils peuvent rapporter gros, en effet, chaque année, ces droits ne négocient à plus de 1 milliard d’euros, et ils sont répartis entre les clubs, en fonction de leur classement l’année précédente.

Le modèle allemand : l’alternative au mécénat unique

En Allemagne, un club ne peut être détenu par un seul homme[iv]. En effet, et depuis 1998, un club, en Allemagne, ne peut être détenu à plus de 49% par une seule personne. Pas d’oligarque.

On constate par ailleurs, qu’aucun transfert extravagant ne se fait en Allemagne, contrairement à des clubs comme Paris ou Monaco qui ont, chacun, dépensé plus de 130 millions d’euros lors du dernier mercato. Il n’y a pas de président qui promet de nouveau joueurs (tel un Gareth Bale acheté 100millions d’euros, alors qu’il n’a certainement pas le niveau d’être le meilleur joueur de tous  les temps) pour leur politique de réélection – tel un Florentino Perez -.

Comme évoqué plus haut, c’est un modèle qui fonde sa réussite sur le public (des stades remplis, un supporter qui va acheter des produits dans le stade, durant le match, des places peu chères comparé aux autres pays). Mais aussi sur la formation. En effet, la Bundesliga est un championnat qui sait garder ses meilleurs joueurs. Peu d’allemands sortent du pays, et la formation, porté par une équipe nationale en éternel quête de renouvellement, est continue. De plus, les transferts se font souvent de clubs allemands à club allemands, à l’instar d’un Bayern Munich qui vient tout récemment de recruter Lewandoski à Dortmund. De plus, les salaires y sont moins importants que dans la plupart des grands championnats. Ainsi, la part moyenne du budget d’un club allemand qui est alloué aux salaires y est de 50% contre 65% en France et même 70% en Angleterre.

Par conséquent, les finances des clubs allemands sont bien plus saines qu’en Angleterre ou même en France.

L’Espagne : Le cas des socios

En Espagne, un président n’est pas libre dans ces choix, il ne peut exécuter sa « politique » unilatéralement. En effet, les socios, en prenant leur carte aux clubs, acquièrent une voie, et peuvent participer aux décisions, en élisant notamment le président de club. Ils participent donc directement aux décisions du club auquel ils adhèrent.

Cependant ce modèle présente une limite non négligeable. Un président, pour briguer un mandat, peut promettre des transferts mirobolants, de joueurs de classe mondiale, pouvant mettre en péril les finances du club. Ce n’est pas un hasard si les Real Madrid est, actuellement, le club le plus endetté en Europe.

 

Dans tous les cas, nous sommes encore loin d'une domination outrancière des clubs "richissismes". D'autres modèles sont viables pour offrir une vraie alternative à la domination de "l'argent à outrance". Il sera bon de voir, dans une dizaine d'années, quel sera la structure des clubs dominants sur la scène européenne et mondiale.

 

 

 

 

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