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chronique-sportives

Esprit critique et liberté d'expression sont de mise.

LE SPORT AMATEUR : UN SECTEUR EN DANGER

Publié le 24 Décembre 2013 par Etienne Goursaud in Sport, Société

Une image qui pourrait disparaître?

Une image qui pourrait disparaître?

L’ère moderne nous offre un contexte où le sport professionnel est de plus en plus florissant, que ce soit de par la médiatisation (un nombre toujours grandissant d’heure d’antenne, d’articles dans les journaux etc., consacrées aux sports pros ainsi qu’aux évènements affiliés) ou de par l’argent qui y est mis dedans, il n’y a qu’à voir la flambée des transferts et des salaires au foot depuis 10ans. A contrario, on constate depuis des années que cette verve ne profite pas au sport amateur, celui-ci connaissant des difficultés dans tous les domaines et quel que soit le sport. Cet article aura pour intérêt de comprendre cette différence ainsi qu’analyser les difficultés du sport amateur.

 

La crise : un facteur accélérateur mais pas déclencheur.

La crise a accéléré un phénomène que l’on constate depuis une petite dizaine d’années, la baisse des subventions des collectivités locales envers les diverses associations et clubs sportifs. En effet, depuis quelques années, ces premières sont confrontées à des difficultés financières, notamment dans les régions les plus pauvres ainsi que les plus rurales. Cela amène à faire des coupes budgétaires et, souvent dans ces cas-là, ce sont les dépenses culturelles, qui incluent dont le sport, qui sont réduites en premier. La crise de 2007, dont on voit encore largement les répercutions aujourd’hui, a constitué l’élément accélérateur dans le sens qu’il a contribué à creuser le trou de la dette publique, et par conséquent également celui des diverses collectivités locales, même si, quand on regarde zone par zone et sport par sport, on constate que certaines régions s’en sortent mieux que d’autres de ce point de vue-là.

Mais dire que la crise a été l’élément déclencheur de cette chute est faux. En effet, et même si du point de vue financier, cela semble concorder, on constate que le déclin du sport amateur s’est enclenché avant 2007. En y regardant de plus près, si l’on prend le nombre de clubs dans le football, ce chiffre était de 20800 en 1980, moment où ils ont été les plus nombreux, ensuite cela a décliné, 19700 en 1998 pour finir à 17500 en 2010. Pour le rugby on voit un déclin tout à faire similaire dans le temps (malgré l’engouement du rugby post 2007 en France). On constate, en lisant ces chiffres, que ce déclin a commencé à partir de la fin des années 80 mais qu’effectivement, la crise l’a accéléré. Surtout, au-delà de l’aspect financier brut, on peut y ajouter une conséquence socio-économique plus « tacite ». En effet la crise a engendré du chômage et par conséquent une incertitude de vie avec des rythmes de travails plus atypiques (hausse du temps partiel ou encore du cumul d’emploi pour joindre les deux bouts). Dans ce contexte la, difficile, que ce soit pour trouver le temps, ou pour avoir la disponibilité mentale et physique, de pratiquer un sport à côté de cela. On constate aussi l’arrêt, pour beaucoup, du sport, à l’entrée en université (ou autres études supérieures), le fait de devoir trouver un emploi, et donc de réussir ses études, primant sur le reste.

 

Les autres causes de cette chute

La mondialisation du sport : Ici, quand on parle de mondialisation dans le sport, on parle aussi de la professionnalisation et de la hausse des sommes d’argent mises dans ce secteur. En effet, et notamment avec l’arrivée des grands mécènes (qatari par exemple), le sport coute de plus en plus cher, la flambée des transferts, des budgets de plus en plus grands. L’écart entre amateur et professionnel ne cesse de grandir, et cela à des répercussions sur ces premiers, qui sont obligés eux-mêmes de gonfler leur budget pour tenir la route (frais de déplacements toujours plus important par exemple). Certaines structures ne peuvent tenir la route de la course à l’argent et sont obligées de mettre la clé sous la porte, d’où la chute de clubs que l’on a peu observer

La paupérisation du sport dans les campagnes : La plupart des clubs amateurs, notamment dans le monde du football se situaient, jusqu’aux années 1980, majoritairement dans les campagnes. On y retrouvait souvent des petites structures. Jusqu’à une certaine époque, dans le Sud-Ouest, il n’était pas rare de trouver une ville de 1000 à 2000 habitants qui possédait un club de rugby au niveau Fédérale (soit l’équivalent de la 3ème, 4ème et 5ème division). C’était donc possible, pour une petite structure d’exister à un bon niveau. C’est bien moins le cas aujourd’hui.

C’est un phénomène externe au sport en lui-même, explique en partie, cette paupérisation. En effet, depuis la fin de la seconde guerre mondiale et avec une accélération la aussi dans les années 1980, les flux migratoires intra-français (de la France vers la France) observent la même tendance, les gens partent des campagnes pour aller à la ville. D’une population majoritairement rurale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous sommes passés d’une population majoritairement (80%) constitués de citadins. Cela eu pour conséquence de vider les villages de leur population, notamment la plus jeune, dans ce cadre-là, il est de plus en plus difficile de constituer des clubs, on constate notamment des ententes et autres regroupements inter-villages pour constituer des équipes qui peuvent marcher. Cette urbanisation explique en partie mais pas totalement le phénomène mis en avant ici. Au-delà de l’exode rural, il y a aussi le vieillissement de la population restante, certains villages sont constitués uniquement de retraités

Le bénévolat en difficulté : On le sait, on trouve de moins en moins de bénévoles prêt a se dévouer pour son club, ce genre de personnes capable de donner de sa personne et de son temps, gratuitement, pour contribuer à bien faire tourner une structure. C'est d'ailleurs un phénomène que l'on observe pas uniquement dans le sport, mais dans tous les autres domaines. Pour en revenir au sport, cela a pour conséquence de rendre difficiles certaines actions au sein d'un club (transport pour un évènement, organisation, ou même le rôle d'éducateur pour les jeunes. Autre conséquence, on demande de plus en plus de diplôme (brevet d'état pour être éducateur à un certain niveau, diplôme d'arbitre pour arbitrer un match, des diplômes qui peuvent en décourager plus d'un). Puis, tout simplement, la montée de la société individualiste, avec de moins en moins de monde enclin à se sacrifier pour une cause commune, de moins en moins de personne prêt à s'investir gratuitement font que le nombre de bénévoles ne cesse inéxoablement, de diminuer. 

Une image pas toujours positive du sportif auprès des autres : « Tu t’entraines trop » » Tu devrais privilégier tes études » « Tu en fait trop »

Quel sportif n’a jamais entendu cette remarque faite par un de ses proches (que ce soit de la famille ou des amis). Ce genre de remarque, peuvent finir par démotiver le sportif en question, qui peut se poser la question de la viabilité à continuer son activité. En France, et ce fait est très marquant, il n’y a pas une culture sportive et il n’y a pas de culture de la gagne à proprement parler (au passage notons que Laurent Fignon est plus connu pour avoir perdu le tour 1989 pour 8 secondes que pour en avoir gagné 2 plus 1 giro et des grandes classiques). Philippe Lucas, ancien coach de Laure Manaudou, racontait, lors de son passage en Australie, avoir vu nombre de personnes, à des horaires extrêmement matinaux, faire leur jogging ou autre activité physique.

 

Les conséquences de cette chute

On constate notamment un effacement du monde amateur au profit du monde professionnel. Par exemple, assez récemment, la FFF a voté une motion qui donne plus de pouvoir de décision du monde professionnel au détriment des amateurs. Cette mise à l’écart, en plus « d’essorer » le monde amateur pose d’autres problèmes. Cette tendance n’est pas prête de s’inverser avec la financiarisation du sport qui est toujours plus importante.

Les clubs professionnels puisent dans les clubs amateurs pour former des nouveaux jeunes (via des détections par exemple). Si le nombre de ces clubs amateurs (et de licenciés par la même occasion) continuent à diminuer, le nombre de jeunes joueurs qui seront « détectés » seront moins important et, à terme, cela peut aussi porter préjudice aux clubs professionnels, qui auront un vivier moins important de jeunes (on pense notamment aux clubs a vocation formatrice comme Auxerre ou Nantes) et donc, plus globalement, porter un vrai préjudice à l’avenir du football français. Un constat qui peut s'appliquer, au par ailleurs, dans d'autres sports.

La diminution du nombre de club est asse hétérogènes selon les zones. On constate que les plus fortes diminutions se sont faites dans les zones les plus rurales, cela à plusieurs conséquences :

La première est la baisse de niveau général des clubs, avec une émulation qui diminue en même temps que diminue le nombre (moins de championnats locaux, une élite qui diminue comme on peut, au par ailleurs, le voir en Charente). Par ailleurs, en terme financier « brut », les différentes fédérations se retrouvent en difficulté du fait qu’il y a moins d’argent qui rentre dans leur caisses, ne serait-ce que de par la baisse des licences dans la plupart des sports. Un manque à gagner qui peut porter préjudice car, à force de baisse des recettes, c'est moins de projets qui se mettent en place, une difficulté à organiser (ou maintenir) certains évènements et donc une baisse de l'attractivité du sport en question, ce qui installe immanquablement un cercle vicieux. Un exemple à allouer à cela, est la difficulté de certaine courses à pied de se maintenir dans le paysage de l'athlétisme français, faute de moyens financiers mais aussi humains.

Autre conséquence qui est passé relativement inaperçu mais qui prête à débat, cela concerne les Jeux Olympiques. En effet, à sa création, c’était un rassemblement sportif uniquement destiné au sport amateur. Désormais, la part de sport professionnel dans les évènements proposés lors des JO est de plus en plus grande, le sport majeur « résistant » à cela restant la boxe ou seuls les amateurs peuvent concourir. Est-ce une bonne chose ? D’un point de vu « spectacle » on peut dire que oui, car cela a permis l’élévation de la performance, donc un (télé)spectateur qui peut apprécier une plus grande qualité dans ce qu’il est amené à regarder, cependant cela va à l’encontre de l’éthique et de la volonté initiale des créateur de JO (on pense immédiatement à la phrase de Pierre de Courbertin : « L’important c’est de participer »).

Des mesures publiques sont pourtant mises en place, appuyé notamment par le ministère des sports avec des programmes notamment destinés à la jeunesse. Mais ce sont des programmes qui contrastent avec la baisse des subventions en général, un constat déjà analysé plus haut.

 

L'enjeu est donc de taille, en effet, il faut maintenir un socle amateur fort, tout en concervant le professionnalisme, il faut que le public continue à s'intérésser au sport, mais aussi qu'il continue à le pratiquer. A terme, le manque à gagner sera préjudiciable, non seulement pour le monde amateur, mais surtout pour le monde professionel. On le sait, aujourd'hui le sport a pris une dimension politique et sociétale, des mesures s'imposent très certainement pour eviter la longue glissade dans laquelle nous nous sommes engagés

 

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